J’ai eu la chance d’accompagner une jeune femme immigrante durant une période charnière de sa vie, alors qu’elle vivait une situation de grossesse imprévue. Elle est passée par toutes les émotions, ambivalente entre des choix opposés. Les conséquences de ses choix pour elle, pour l’enfant éventuel mais aussi pour sa famille proche et élargie, lui importaient beaucoup. Bien que de tradition chrétienne, sa famille craignait les répercussions à long terme de l’arrivée d’un enfant sans la présence stable d’un père, d’un conjoint, d’un gendre. Cette situation maintenant plus commune ici, était bouleversante pour cette famille.

Face à l’inconnu

L’accompagnement pour moi signifie d’abord me décentrer afin de visualiser le contexte global de l’autre. Le contexte que vivent les nouveaux arrivants au Québec sont très diversifiés. Certains fuient la guerre, d’autres quittent la pauvreté ou parfois l’opulence. Chaque histoire est unique. Plusieurs se retrouvent à un carrefour de vie où se confondent d’une part, l’insécurité matérielle et l’instabilité psychologique, tous deux implicites dans un processus de migration. Ensuite, j’ai perçu le questionnement profond qu’amène l’adaptation, avec certain choc de valeurs, à une société québécoise qui se veut innovante, égalitaire, moderne et très exigeante à l’égard des femmes, peu importe leurs origines et leurs traditions familiales. La liberté des femmes ici est devenue quelque chose de presque sacré. Une liberté parfois lourde de conséquences puisqu’on leur offre les moyens de réussir dans tous les aspects de leur vie. Et on s’attend à ce qu’elles y parviennent!

Chaque immigrant laisse derrière lui ou elle une histoire, des personnes et des conditions de vie particulières, mais garde en lui, en elle, ses valeurs et ses espoirs personnels. J’ai d’abord considéré la vulnérabilité de cette femme dans ce contexte précis d’immigration. Puis, nous avons exploré la connotation particulière que peut prendre le désenchantement face à sa relation amoureuse avec une personne de son pays « d’accueil », et donc d’une autre culture. Enfin, l’expérience du bouleversement devant une grossesse imprévue qui implique un saut dans l’inconnu dans un pays où l’on connait encore peu les ressources disponibles, les perceptions sociales et les exigences organisationnelles.

Cette femme, comme tant d’autres, avait une décision importante à prendre. Parler de ses inquiétudes, être écoutée dans tous les aspects de son questionnement : physiologique, psychologique, émotionnel, social, économique et spirituel, permettait de mettre des mots sur ce qui l’habite pour enfin hiérarchiser ses inquiétudes, ses priorités, ses démarches.

Laisser dire

La laisser dire ce qui la faisait souffrir. Lui donner l’occasion d’exprimer sa solitude face à une situation déchirante. Cela constituait une étape charnière pour elle. La femme que j’ai accompagnée ne voulait pas fuir la réalité. Connaître les ressources existantes mais aussi l’expérience d’autres femmes monoparentales au Québec lui permettait d’évaluer, par et pour elle-même, si elle pouvait se projeter dans cette situation, même si cela impliquait d’aller à l’encontre des volontés familiales. Elle m’a alors parlé de son enfance dans son pays d’origine, de tous les deuils qu’elle a dû faire en partant, de son réseau, de son travail, de ses amis. Je me suis rendue disponible chaque fois qu’elle avait besoin d’aide ou seulement de raconter ce qu’elle ressentait. Les échanges avec sa famille ou avec le père éventuel la confrontaient dans ses volontés personnelles. Mes conseils visaient toujours à la ramener vers elle-même. À regarder la situation avec réalisme mais avec profondeur sans s’oublier.

Le choix

Après plusieurs allers-retours entre les services menant à l’interruption de grossesse et sa solitude, son esprit s’est enfin éclairci. Cette fois-ci, elle allait se choisir. Se mettre en premier lieu. Et bien vivre avec elle-même par la suite, avec son corps, avec ses émotions et avec ses propres projets de vie. Ses études terminées, elle se sentait pleinement capable de prendre les rênes de sa vie de mère. Lorsque ce choix a été fait, son assurance et sa sérénité étaient tels que sa famille a accueilli son choix avec amour et présence. Le soutien de sa mère a été particulièrement important et ma présence, bien que discrète, est restée pour elle un appui constant dans ses démarches.

Elle a donné naissance à un fils. Celui-ci donne un nouveau visage à cette grande migration familiale. Un nouvel ancrage se tisse et, malgré les tourmentes causées par cette grossesse imprévue, les liens familiaux se sont resserrés, nourris par des émotions propres à l’arrivée d’un enfant. Les défis sont toujours présents. C’est là la réalité à laquelle elle s’était préparée et le soutien que j’ai pu lui apporter, basé sur l’information et l’expérience. Mais son amour pour son fils, celui qu’elle voulait, celui qu’elle a choisi d’avoir, la rend forte et résiliente.

Hélène G.

1 Comment

  • Diane Chagnon
    Posted 17 octobre 2020 10 h 43 min 0Likes

    Merci beaucoup pour ce service d’accompagnement offert par La Roselière. Félicitations pour ces 15 années d’implication, d’écoute et d’attention permettant à toutes celles qui recourent à vos services d’accéder à des choix plus libres. Je prie l’Esprit Saint, Seigneur de la vie, de rendre toujours plus fécond votre travail.

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